Simon Boccanegra : Verdi fait comme un rat

novembre 18, 2018

Bis repetita, l'enthousiasme dégagé par le plateau vocal fait regretter à certains de n’avoir pas écouté une version de concert confortablement assis dans son fauteuil fûmant un havane avec un verre de cognac, tant la mise en scène de cette nouvelle production de Simon Boccanegra est décevante.
Révélé en remplaçant au pied levé le regretté Dimitri Hvorostovsky dans Les Noces de Figaro de Strehler, en 2003, à Bastille, Ludovic Tézier crève l’écran. Avec maturité, il a su interprêter avec brio ce grand rôle qui lui a été confié. Ses comparses sont à l'unisson. Maria Agresta (Maria) pose sa voix puissante et veloutée, Mika Kares (Fiesco) a de l'allure tandis que le jeune Francesco Demuro (Adorno) laisse échapper sa passion teintée d'héroïsme.
Sous la baguette de Fabio Luisi, l’orchestre sonne à merveille et le chœur comme toujours est impeccable. Aussi tous les ingrédients pour une belle soirée étaient réunis. Mais, encore une fois, c'était sans compter sur une mise en scène décevante au point de désespérer les plus patients.
Dans une quasi obscurité digne d'un back room, un décor à 1ère vue de belle facture, réparti sur 3 niveaux, représentant une étrave de bateau, semblait être des plus prometteurs avec son déplacement sur scène.
Hélas, pour réussir une mise en scène, encore faut-il avoir des idées pour utiliser le décor coûteux mis à votre disposition. Ce soir là, Eureka se limitait à le faire tourner pendant tout le spectacle. Pas moins d'une bonne trentaine de fois certainement pour tester la résistance au mal de mer des infortunés suppliciés. Mais en tout cas pas aux G vu la lenteur de cette centrifugeuse de fortune.
Ceux qui attendaient une interaction entre les chanteurs et le décor en ont été pour leurs frais. Tous sans exception ont chanté sur l’avant scène en rang d’oignon sans jamais utiliser les 3 niveaux.
Tels des rats de laboratoire utilisés pour des test sur l'épilepsie, les spectateurs, plongés dans une quasi obscurité avant d'être brutalement arrachés de leur torpeur par de puissants néons, ont eu l’impression, 2h30 durant, de subir un fond de l’œil chez l'ophtalmologue. Pour d'autres ayant des choses à se reprocher depuis que Gérard Darmanin a annoncé l'intensification des contrôles fiscaux plutôt à un interrogatoire à l'ancienne façon Quai des Orfèvres (1947).
At least but not least, le recours à la vidéo a servi de cache-misère à la mise en scène. La diffusion d'images de Simon Boccanegra a perturbé toutes les scènes où il ne chantait pas même si la moitié des vidéos étaient de toute façon cachée par le décor.
En mal d'inspiration, le metteur en scène, Calixto Bieito, s'est évertué à représenter, pendant tout l’opéra, le fantôme de Maria, pourtant morte au prologue. Topless pendant une bonne partie de l’opéra, elle se rhabille pour la fin après avoir été présentée complètement nue recouverte de rats.
Manifestement déboussolé comme plusieurs spectatrices horrifiées qui ont failli tourner de l'oeil, Simon, une fois mort, n'arriva pas à ses fins. Son fantôme n'a pas réussi à retrouver celui de Maria même pas à la fin du spectacle. Quant au chœur, certainement inspiré par le haka des all blacks, il a chanté en paquet.
Bref, rien de nouveau sous le soleil. Peut-être qu’avec le départ annoncé et espéré par certains de Stéphane Lissner, les mises en scène de qualité qui ont déserté l’opéra de Paris feront-elles, sous peu, leur retour ?