Il était une fois au Plaza

août 1, 2025

De retour au Plaza à 8h30 comme Noodles retrouvant Fat Moe, vous constatez aussi que les choses ont changé et pourtant votre absence a été moins longue que la sienne.
Cela vous fait comprendre l'effet de vases communicants opéré avec le Café du Trocadéro où, tôt le matin, sont attablés, en toute simplicité devant un café et un jus d’orange, d'anciens clients du palace de l'avenue Montaigne. Lesquels disposent d'une vue imprenable sur la Tour Eiffel, ce qui n'est pas le cas de ceux qui ont choisi Carette pour se différencier.
À cette heure matinale, ils ne risquent pas de se retrouver dans la file d’attente du salon de thé noyés au milieu de touristes goguenards que l'on croise aussi à Montmartre.
Mais une fois installés, serrés comme des sardines, il leurs est difficile de protéger la confidentialité de leurs échanges mais aussi de ne pas tacher leur chemise tant l'espace alloué est restreint. Cet endroit est donc réservé à ceux qui ont le goût du risque, ce qui saute aux yeux quand vous passez devant les cuisines pour aller vous laver les mains.
Si ces 2 adresses ne sont pas le rendez-vous du CAC 40 comme l'a été autrefois le Plaza, on y croise tout de même des banquiers et des avocats d'affaires discutant entre eux ou avec des GP's et des LP's.
Force est de constater que cette clientèle a, dans son ensemble, déserté le Plaza où vous aviez vos habitudes avant de “faire maigre” en vous contentant d'un jus de citron pressé, d'un moka d'Éthiopie accompagné de lait d'avoine, de quelques biscottes beurrées avec un peu de confiture pris sur le pouce dans votre cuisine.
À l'idée de retrouver après tout ce temps, la sympathique brigade du Plaza et la personne qui vous a invité, vous vous levez du bon pied sans la moindre appréhension.
Cela n'avait pas été le cas lors de votre dernière visite, il y a déjà 9 mois, au Relais, en découvrant à la dernière minute où votre convive avait réservé pour le déjeuner.
Mais la qualité de l'accueil d'Arnaud qui a remplacé avec tact Werner, vous avez aidé à vous faire oublier la cuisine de Jean Imbert, réputé pour son caractère soupe au lait qui ne figure pas à la carte.
Hasard, cela ne vous avez pas, le moindre du monde, surpris tant vous vous y attendiez. Ce jour là, ses plats ne cassaient pas 3 pattes à un canard.
En revanche, vous ne vous attendiez pas, ce matin, à tomber des nues en découvrant la corbeille de viennoiseries sur la table à votre arrivée. Heureusement que Maëlle et Bachir, partis en vacances, étaient absents, ils auraient sorti leur mouchoir en voyant votre réaction.
Quant à Antoine Lair, parti à la retraite il y a 5 ans pour se poser à La Rochelle, il n'aurait pas supporté, mort de honte, il aurait tenté de se faire hara-kiri même avec un couteau à beurre.
Bien plus détaché, François Delahaye, croisé dans la galerie, vous concède sur un ton dépité “ce n'est pas la 1ère fois que nous changeons les viennoiseries“. Exact, après le krach de Lehman, pendant 5 ans la viennoiserie du jour censée changer quotidiennement était restée bloquée sur le kouglof. Seul rescapé, il est toujours présent mais ce jour là, ratatiné au lieu d’être joufflu, il avait pris un coup de vieux.
À tout prendre, “vous vous doutez bien cher ami que cela ne m'a pas échappé mais vu ma position, je suis astreint à un devoir de réserve” aurait suffi à “make your day”, sachant que faute avouée, faute à moitié pardonnée.
S'il est vrai qu'en 25 ans, il y a eu quelques ajustements, plus ou moins heureux, dans l'assortiment des viennoiseries composé par Christophe Michalak, ce matin, avec en tout et pour tout, 2 croissants et 2 pains au chocolat que l'on dirait tout droit sortis du Starbucks entourant 1 pavé suisse sans âme, dans ce domaine, le Plaza a bel et bien fini par toucher le fond.
Et comment ne pas se frotter les yeux, en découvrant sur son site “Pour nous, le petit déjeuner c’est un moment à savourer, un moment où l’on prend son temps pour déguster chacune de nos délicieuses viennoiseries, un moment où l’on s’attarde autour d’un café. Nos chefs apportent à chaque plat toute leur passion et il est temps pour vous de commencer votre journée à Paris de la plus belle manière qui soit“.
Heureusement, la qualité de service de la brigade n'a pas changé et les jeunes qui la composent ont été à la hauteur mais quel dommage pour eux de ne pas avoir connu ce lieu du temps de sa splendeur. Comme le chantait le regretté Michel Delpech, Il y a des jours ou l'on ferait mieux de rester au lit.