Ce titre emprunté à une série TV sur les débuts de jeunes sortis d'école de police pour entrer dans un commissariat est transposable à la finance. À l'instar d'un gardien de la paix, un analyste qui débarque en M&A va devoir s'accrocher s'il veut tenir le coup et percer sans se faire trouer.
En passant les entretiens pour obtenir un stage, il a déjà eu un petit aperçu de ce qui l'attend en découvrant l'attitude de certains associates ou directeurs recevant les candidats les pieds sur la table tout en faisant des ronds avec la fumée de leur vaporisateur.
Il n'est pas rare pour les plus émotifs d'avoir l'impression de subir un véritable interrogatoire, heureusement que les bottins ont disparu.
Ce comportement en dit long sur ceux qui l'adoptent. Lesquels ne font souvent que reproduire ce qu'ils ont vécu. Cette réaction est communément appelée le syndrome du pédophile.
Fort avec les faibles et faible avec les forts, ils se gardent bien d'agir ainsi avec la fille ou le fils de. Et pour cause, non seulement leur avis ne compte pas mais en plus ils risquent de se faire des ennemis. Autant ne pas insulter l'avenir surtout quand on est lâche et servile.
Tous les étudiants en finance n'ont pas la chance de bénéficier du soutien de la Fondation Florence puisqu'ils ne sont pas tous aussi méritants pour arriver là où ils sont.
Ceux qui ne remplissent pas les critères pour bénéficier de conseils, d'un monitoring, d'un réseau de parrains, d'offres de stages, d'accès à des conférences, des clubs thématiques et même aux cocktails organisés par les banques d'affaires et les fonds d'investissement, ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
Plus ou moins bien préparés, certains partiront la fleur au fusil, au petit bonheur la chance comme Charles Andrez, en son temps, avec un master de Dauphine en poche suffisant pour lui ouvrir les portes de Barings repris par ING.
Faute de rentabilité, l'activité avait été fermée et Xavier Marin, en charge du M&A, avait été remercié. Avec tact, Pierre Chabrelie avait fait en sorte que son départ se passe pour le mieux.
Après avoir rejoint Eurazeo, ce locataire du 102 rue de Grenelle, et non des moindres, fondait Fondations Capital puis Trail. Ceinture noire 2ème dan de karaté comme Katsuni, il est devenu le chairman du board d'Ares, une ligue du MMA concurrente de l'UFC et du One. Comme quoi le M&A mène à tout, il suffit d'en sortir.
Inutile de revenir sur le départ de Jean Raby de Moscou où il avait été envoyé par Goldman Sachs, pour couvrir le programme de privatisation lancé par le Kremlin. Désormais chez Astorg, notre cousin d'Amérique s'est assagi avec l'âge.
Et que dire de David Salabi, aussi sorti de l'ex-siège de l'OTAN, tombé dans les griffes de Thénardiers à ses débuts. Cette mauvaise expérience l'a vite incité à se mettre à son compte en créant Financière Cambon rebaptisé, après avoir pris son envol, Cambon Partners.
Celui considéré par certains, et pas seulement dans le Sentier, comme un gourou, est un chantre de la bienveillance et il fait bon travailler dans sa boutique que Carine son épouse s'emploie à aménager comme un boudoir. Considérée comme son alter ego chez Messier & Associés, dans ce registre, Christel ne fait pas le poids.
Depuis 7 ans, des âmes pas si charitables que cela comme AlumnEye, Training You, Crack-it sont apparues pour offrir aux étudiants leur aide sincère mais pas désintéressée, ce qui peut, on en convient, choquer ceux dont l'éducation qu'ils ont reçue leur a appris à aider son prochain.
Mais avec des services facturés 100 €/mois bien plus en ajoutant les options, il semble bien qu'ils ont réussi à trouver leur public, aidés en cela par le niveau des masters en finance où après avoir déboursé 30.000 €, les étudiants s'aperçoivent que les enseignants sont souvent déconnectés de la réalité du monde du travail.
Quant aux intervenants extérieurs, que ce soit des banquiers d'affaires ou ceux issus de fonds d'investissement, il est rare de tomber sur la crème dans leur domaine. Les meilleurs souvent ne sont pas libres, beaucoup trop occupés par leur travail impliquant une disponibilité de tous les instants. Dans le lot, certains ont oublié qu'ils ont été étudiants.
Une fois retraités, ils ont plus de temps mais ne sont pas à l'abri d'être dépassés. Certains ne sont plus que l'ombre de ceux qu'ils ont été et encore faut-il pour cela qu'ils aient fait partie des meilleurs.
Ainsi le post sur Linkedin de Marc Vermeulen (HEC 75) au lendemain de la sortie d'Hayfin de Frans Bonhomme en a surpris plus d'un. Son contenu ne portait pas sur les modalités du deal puisqu'il ne disposait pas d'informations dessus mais sur le parcours chaotique de la cible depuis sa sortie du giron de Bolloré Technologies, 30 ans plus tôt jusqu'au départ du fonds de dettes.
Le décalage sautait aux yeux et à moins de circonstances atténuantes comme l'avoir rédigé après avoir franchi la ligne d'arrivée. de l'UTMB, ce professeur associé en finance (Grande École, MBA et Executive Education), avec au compteur près de 38 ans en corporate finance chez Paribas puis BNP Paribas, semblait quelque peu désorienté pour ne pas dire à côté de la plaque.
Il arrive également aux étudiants d'être pris à défaut. Ainsi aux prémices d'internet, en 1999, David Hirschman désormais co-head private debt chez Permira à Londres avait tancé avec vulgarité Fatima Daddah, résidente comme lui sur le campus d'HEC, après s'être plaint de ne pas avoir été reçu par Bain & Cie pour un entretien de stage.
L'affaire avait fait grand bruit et Olivier de Koning, aujourd'hui CFO d'Indosuez wealth management Suisse, alors en poste chez CLUSA, avait porté à sa connaissance le peu de considération que ces mails lui inspirait. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts.
Voir sur Arte, HEC admis sans les codes, un documentaire sur des enfants de poissonnier, facteur ou de circassien tout juste admis, prenant leurs marques, tant bien que mal, à leur arrivée sur le campus, est une heureuse coïncidence au moment de la sortie de Bats-toi, la biographie de Maurice Tchénio qui les a précédé, en 1962, encore plus démuni.
Après avoir vu le jour à la Croix Rousse à Lyon pour atterrir avenue Georges Mandel, Dieu soit loué pas au cimetière de Passy, Patrick Abitbol, un nom bien connu en restructuring, n'aurait pas manqué de s'exclamer “Baroukh Hachem, je ne m'en suis pas trop mal sorti”.
Leur dire de prendre exemple sur l'ancien patron d'Apax France alors qu'il a refusé un stage chez Morgan Stanley à New York peut être pas et encore moins depuis que l'AMF lui cherche des poux dans la tête comme sa maîtresse d'école le faisait avec lui et ses camarades de classe. Si jamais, certains veulent plus tard, disposer d'une salle de cours à leur nom, à HEC le tarif est d'1 M€.
Mais avant ils devront commencer par trouver un stage en M&A dans une banque d'affaires que Louis, étudiant à l'ESCP, résume, à sa manière, aux lycéens de la filière STMG “en gros c'est ce qu'il faisait Macron chez Rothschild avant d'être Président et ça gagne très, très, très bien”.
Et pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut se rapprocher de Training You et ses concurrents. Disposer de la réalité du terrain permet de mieux préparer les entretiens.
Créés par d'anciens analystes M&A, ce genre de prépas met à leur disposition des boites à outils dont certains en ont bien besoin au vu du niveau discussions sur les forums notamment l'une d'elles animée par Staffing Shiit dont le contenu n'avait rien à envier à Gérard langue de pute.
En plein milieu de l'été, cela a conduit celui visé à remettre l'église au milieu du village sur Linkedin. À cette occasion, bon nombre d'étudiants ont découvert la devise De la qualité du renseignement nait l'action empruntée aux Forces Spéciales par cette publication destinée à un public averti et expérimenté ayant le goût du détail.
Pour être sûr de tomber sur les questions posées lors des entretiens, ces prépas qui vous proposent notamment de muscler votre CV, encouragent les étudiants par des incentives. C'est ainsi qu'elles récupèrent les informations avant de les monétiser ensuite.
Se procurer les code d'accès à Capital Finance auprès d'un abonné est aussi monnaie courante. Au demeurant, les résumés des deals publiés par ces officines utilisent ce média. Cela a, au moins, le mérite de sensibiliser les jeunes sur l'importance de faire circuler l'information. Encore faut-il que sa source et sa véracité soient bien vérifiées. Ce qui n'est pas donné à tout le monde, loin de là.
Faire bonne figure en disposant du fond en révisant dans le Vernimmen, plus abordable (68 €), est plus indiqué car mieux vaut être bien préparé à ce qui vous attend.
Lors de la dernière semaine de leur stage M&A chez JP Morgan à New York, les étudiants passent 110 heures au bureau. C'est un rituel. À son issue, ceux retenus deviennent analyste avec un bachelor et directement associate pour ceux ayant un MBA en poche. Le tout après avoir passé avec succès la discrimination positive et pour cela mieux ne vaut pas être un hétéro caucasien qui plus est WASP.
À Paris, les choses sont différentes, sur une fournée d'analystes, appelée à gagner la 1ère année 75.000 €/an sans bonus, on recense environ 35% de femmes. Lors du training d'1 mois rassemblant à Londres ou New York l'ensemble des bleus de tous les bureaux pour les mettre à niveau, elles sont toujours examinées de près par les garçons qui Metoo oblige, ne se comportent plus comme leurs aînés en leur tournant autour comme le loup de Tex Avery.
Leurs approches, en général ils doivent s'y prendre à plusieurs fois, sont plus délicates surtout envers les cérébrales “cute & smart” comme cette ex-stagiaire surprise pendant sa pause déjeuner en train de lire sur un banc du Parc Monceau.
Sauf exception, elles ont plus de chance de “faire leur trou” en private equity où il n'est pas rare de retrouver des ex-analystes M&A n'ayant pas tenu le coup. Au demeurant, cela leur fait gagner un précieux temps.
Alors qu'il y a encore 20 ans, venus de l'audit, les banquiers d'affaires rejoignaient le private equity en moyenne au bout de 7 ans, il n'est pas rare que certaines fassent ce parcours en moins d'1 an. Outre le fait de découvrir que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on s'aperçoit vite que le calcul du carried interest est moins opaque que celui du bonus.
En M&A, ce mixed entre la performance personnelle et globale s'apparente parfois à la “note de gueule” à ne pas confondre avec le délit de faciès même si parfois la différence est ténue. La règle selon laquelle le bonus ne peut pas dépasser le double du fixe ne s'applique pas partout et ne concernent pas tout le monde. Quant à l'évaluation à 360°, il faut s'en méfier, toute vérité n'est pas bonne à dire à son associé.
À raison de 14 voire 18 heures par jour quand la charge de travail l'exige mais avec une disponibilité uptime, au bout de 3 ans, seuls 25% des analystes passeront associates à 125.000 €/an hors bonus, les autres auront changé de vie.
Ainsi Hakim El Kaouiri dont la mère était prof de math à l'X, a fini dans le conseil en stratégie après avoir débuté chez Rothschild & Co (5 ans). Parti comme directeur, il a rejoint Roland Berger (4 ans) et créer ensuite sa propre structure avec un détour dans la com chez Brunswick (2 ans).
De son côté, parti comme vice president de Lazard (6 ans), Dimitri Alexopoulos a décidé de concurrencer Mavromatis en lançant Plaka.
Appelé à travailler avec tout le monde et sur tout (pitch, mandat, staffing, league tables, former les stagiaires...), un analyste doit être disponible, flexible, précis, organisé, endurant, réactif. Sans oublier d'être en mesure de pouvoir gérer plusieurs deals en même temps.
À cette fin, s'aider de ChatGPT lui fera gagner du temps mais il ne doit pas exécuter ce qu'on lui demande comme un robot. Le sens de l'à-propos est bien utile pour ne pas passer pour un peintre.
Outre le week end de ski, il n'est pas rare qu'il soit invité au dîner de closing, pas par terre comme Jacquouille, mais assis à table où si jamais son voisin prend le petit pain posé à sa droite, il est prié de ne pas lui faire remarquer son impair.
Lors d’un déjeuner place Vendôme dans un salon privé dont le catering était confié à Sodexo Prestige avec son managing director et ce journaliste que l’on ne présente plus , un associate avait commenté, mal à propos, le précédent M&A : Top 25 des banquiers et avocats d’affaires gêné par une tournure de phrase.
Aujourd'hui interrompu après 20 ans d'existence, ce classement a fait de nombreux nostalgiques, heureusement moins virulents que ceux de l’Algérie Française. Cerise sur le gâteau, l'impudent avait demandé à l’invité si le repas lui avait convenu comme s'il avait été préparé par Joël Robuchon.
Grand amateur du Tour de France mais pas du Guide Michelin, sans surprise, il n’a pas mis longtemps à finir dans la voiture balais du M&A pour atterrir dans une foncière avant de rejoindre une start up de Pierre-Édouard Stérin au nom évocateur tant il vous renvoie à Alexandre Soljenitsyne.
À leurs débuts, certains comme Charles Mussat n'ont pas hésité à lier l'utile à l'agréable, ce qui lui a plutôt réussi. Idem pour Guillaume Moulinier mais plus sur le tard, il était déjà passé associé. En revanche, moins pour d'autres comme Pierre-Victor Saporano, faute d'avoir échoué à résoudre un casse-tête chinois dans lequel il s'était fourré sans trop réfléchir.
Ceux qui n'auront par reconnu sur la photo Les Bleus : Premier pas dans la Police, comprennent maintenant pourquoi il s'agit de Fair Play (2023). À commencer par les analystes que l'on retrouve au Piaf, chez Castel dont Grégoire Chertok est l'un des actionnaires, à La Fête ou au Matignon.
Dans ce lieu situé en face de feu l'Elysée Matignon, du temps où l'on savait encore s'amuser, la vigilance de Jérémy Langlois a été prise à défaut. S'étant porté volontaire pour accompagner les analystes de Messier & Associés après un dîner, dans son dos l'un d'eux en a profité pour remplir le verre d'une stagiaire. Il aurait mieux fait de le vider.
Résultat, il lui a gâché sa soirée et après s'être dénoncé, il a été remercié. Désormais J2M n’autorise plus ses associés à se joindre aux “after” des analystes. Livrés à eux même, ils sont plus enclins à faire un faux pas. Dans la police, on appelle cela une bavure.